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Interview de M. MOHAMED BOUCHA, Ministre délégué à l’élevage

« Nous allons travailler en synergie avec les fermes privées modernes en vue de l’atteinte des objectifs assignés à l’initiative ’’3N’’ qui prévoit la création de 500 fermes durant le quinquennat du Président de la République »
Monsieur le ministre dans le cadre de l’Initiative 3N, votre département ministériel a un programme d’amélioration génétique. Dans ce programme, une grande importance est accordée à l’insémination artificielle de la race bovine. Avant de nous en parler comment se présente ce secteur de l’élevage au Niger dans ce volet ?

Au Niger, l’élevage constitue un élément important du secteur agricole avec la participation au PIB. Le cheptel nigérien est actuellement estimé à près de 38 millions d’espèce animale domestique.
L’élevage concerne une grande partie de la population surtout rurale dont peu en tirent l’essentiel de leur subsistance. Cependant, le développement de l’élevage est confronté à une contrainte majeure, liée à la productivité du cheptel bovin. Avec la croissance démographique et les aléas climatiques, la production laitière nationale ne satisfait plus la demande, ce qui oblige le Niger à importer annuellement des produits laitiers pour une valeur de 18 milliards de FCFA. Cela s’explique par un potentiel génétique faible avec des performances laitières très limitées. Pour remédier à cette situation, l’Etat nigérien avait opté pour l’amélioration du potentiel génétique des races locales. C’est ainsi que la race Azawak, considérée comme la race bovine la mieux adaptée aux conditions environnementales sahéliennes, a été retenue. Un programme de sélection de cette race a été mis en place à la Station sahélienne expérimentale de Toukounous qui a été créée depuis 1954. Cette sélection a abouti à une caractérisation phénotypique de la race, avec une légère amélioration de la production de lait. Cette situation rend nécessaire d’introduire les biotechnologies de la reproduction, en l’occurrence l’insémination artificielle qui, d’une part, facilitera la diffusion des potentialités de la race Azawak, et, d’autre part, permettra d’accroître rapidement les productions bovines par le croisement des races locales avec des races exotiques.
Il faut préciser qu’une étude scientifique réalisée par la CEDEAO a démontré qu’en Afrique de l’Ouest, en matière d’élevage, le Niger est un pays porteur. En outre, l’étude démontre des avantages comparatifs sur huit produits agricoles, dont le maïs, le coton, le mil, le riz, la viande, les tubercules etc. Ainsi, le Mali a été choisi comme pays d’expérience porteur du riz, le Sénégal pour la vente de céréales, le Bénin et le Togo pour les tubercules et le Niger pour la filiale de la viande. Rappelons que pendant la période coloniale, dans le cadre de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et pendant la seconde guerre mondiale, c’était le Niger qui fournissait les éléments français en viande sur le front. Le vice-gouverneur à l’époque de l’AOF était aussi le directeur de l’élevage. C’est ainsi que plusieurs infrastructures ont été construites, notamment le premier abattoir de la sous région. Le Niger était donc un secteur porteur d’élevage, avec toute la chaine de production. Vous savez le Niger connait chaque 10 ans une sécheresse. Il en est ainsi pour les périodes de 1974- 1984, et 1984-2004. Malheureusement, à partir de 2004, en moins de 10 ans, nous avons connu trois crises. Les aléas climatiques pèsent sur ce secteur. Malgré tout, le cheptel nigérien se reconstruit avant la crise suivante. Par exemple, en 1974, nous avons perdu près de 70% du cheptel, mais avant 1984, notre cheptel a été reconstitué. En 1984, nous avions aussi perdu plus de 40%.

Monsieur le ministre, est-ce qu’il existe des solutions pour pallier ce genre de problèmes qui se pose à notre élevage de manière récurrente ?
Pour éviter tous ces problèmes, il y a bien sûr des dispositions à prendre. En effet, en termes de crise, il faut anticiper, surtout du point de vue pastoral. Si vous le faites, vous réduisez l’impact de 30%. C’est pourquoi, en 2011, avec la 7ème République, nous avons créé le programme d’urgence pastoral concernant l’alimentation des animaux, la santé et l’hydraulique, et jusque-là, nous n’avons pas eu de perte déclarée. Aujourd’hui, les éleveurs ont compris qu’il ne faut avoir des milliers de têtes, mais l’essentiel est de savoir faire de l’économie sans perte. C’est pourquoi aujourd’hui, les éleveurs s’intéressent à l’amélioration génétique. Par exemple, quelqu’un qui a 50 vaches qui donnent chacune 12 litres par jour (600 l), vous voyez l’avantage en termes de temps, de capacité de gestion, de rentabilité et de coûts, etc. Mais cela n’est possible que par l’insémination artificielle de la race.

En quoi consiste l’insémination artificielle de la race bovine et quel serait son apport pour notre pays ?
La pratique de l’insémination artificielle nécessite la prise en compte des principaux facteurs susceptibles d’influencer la fertilité des femelles. Nous avions commencé l’expérience en 2009, avec la race Azawak et la Brune des Alpes. On a eu un produit F1 de 16 vaches ; on a reconstitué l’opération en 2011 pour 40 vaches ; sont suivies au niveau du centre de Toukounous dans le département de Filingué ; elles n’ont pas encore mis bas elles. En 2011 toujours, on a inséminé les produits F1 provenant de la première insémination. Les 16 sont les produits hybrides de l’Azawak. On a pu encore faire un 2ème croisement de ces F1. Les croisés F1 ont donné des bons résultats. En effet, chaque taurillon d’un an inséminé après une comparaison avec les Azawak pures, avec les mêmes conditions de nourriture et de cadre de vie, pèsent 75 kg de plus que l’ordinaire ; donc, il y a un bénéfice en termes de viande. On n’est pas encore arrivé à faire la comparaison en termes de lait. Il faut rappeler que l’Azawak est une race sélectionné dans les races nigériennes pour trouver une race pure. Elle donne 5 à 15 litres par jour en saison de pluie.
Croisé avec les brunes des alpes, on peut s’attendre entre 12 et 16 litres par jour, en dehors de la saison des pluies. Donc, si aucun problème ne se pose avec le croisement dans l’adaptation, nous allons la vulgariser afin que tout le monde puisse disposer des géniteurs F1 et F2, et cela dans le cadre de l’initiative 3N. C’est une des visions de la politique du Niger dans le domaine de l’élevage. Dans ce sens, nous travaillons avec l’Université de Niamey, et aussi avec des personnes ciblées. Cette expérience est nécessaire pour nos pays, surtout avec les aléas climatiques et cette forte pression démographique. Comme, je l’ai dit tantôt, au Niger, nous disposons de 38 millions de têtes d’animaux. Avec ce nombre, à combien de kilogrammes de viande ou à combien de litres le lait on peut s’attendre ? Est-ce qu’il ne fallait pas trouver, par exemple, 10 millions de têtes qui peuvent être supportables par le couvert végétal et qui peuvent donner autant de lait et de viande que 38 millions ? C’est ça l’intérêt de cette expérience. Donc, indirectement, on s’adapte au rétrécissement des aires de pâturage. Bien évidemment, avec l’expérience, on peut aussi vulgariser les zones de pâturage, en faisant de l’irrigation de fourrage et en variant l’alimentation des animaux.

Quel est le budget alloué au volet insémination artificielle qui inclut aussi la recherche scientifique conduite par la Faculté d’Agronomie de l’Université de Niamey ?
Je vais vous faire un bref rappel du budget du secteur de l’élevage. Le budget du Niger dans les années 1970 était autour d’une dizaine de millions. Ainsi, 5 % ont été consacrés à l’élevage qui était un secteur porteur, donc c’était bien acceptable. Avec l’ajustement structurel des années 1980, ce budget est revenu à moins de 1%, et ce jusqu’en 2011. Aujourd’hui, avec le Programme de Renaissance du Président de la République et son volet Initiative 3N (le Nigériens Nourrissent les Nigériens), il a été rehaussé à 5%. Vous savez, nous avons beaucoup de conventions qui ne sont pas respectées. C’est le cas par exemple de celle de Maputo, qui est de l’Union Africaine, elle exige que les Etats africains investissent 10% de leurs budgets dans le secteur agricole et que les 30% de ces 10% doivent être consacrés au volet élevage. Cette convention n’a pas été bien respectée. Mais dans le budget de 2012, nous avons fait appliquer cette convention. Cela nous a permis aujourd’hui de disposer d’un budget suffisant.
Dans ce budget, nous avons dégagé un compte dépôt pour le programme d’amélioration génétique qui est de 7 milliards sur 5 ans. Nous menons l’expérience avec les chercheurs de la faculté d’agronomie de l’université de Niamey. Nous allons travailler en synergie avec les fermes privées modernes en vue de l’atteinte des objectifs assignés à l’initiative ’’3N’’ qui prévoit la création de 500 fermes durant le quinquennat du Président de la République, SEM. Issoufou Mahamadou. La création de ces fermes s’inscrit dans le cadre du Programme National d’Amélioration Génétique/Bovins Locaux. Déjà, nous avons visité quelques fermes périurbaines installées à Niamey. Je constate que les gens ont commencé à développer la pratique l’élevage périurbaine. Nous allons les accompagner avec le soutien de la Banque Agricole (BAGRI) pour qu’ils aient des fermes. Ainsi, nous pensons à la transformation du lait, nous attendons seulement les résultats du croisement de F1 en matière de lait.

L’opération de création de fermes concerne quel type d’éleveurs et comment pensez-vous vulgariser l’insémination au Niger ?
Notre processus est à long terme et va se vulgariser. La première opération de l’insémination n’a concerné que le centre de Toukounous à Filingué qui travaillé depuis des années en partenariat avec les coopérations italienne et belge, des partenaires qui soutiennent ce centre et à qui j’adresse nos remerciements. Toujours dans le programme national d’amélioration, 40 femelles Azawak ont été retenues en 2009 pour l’insémination avec la semence brune des Alpes. En 2010, nous avons enregistré 13 naissances. C’est une première dans un centre d’élevage et surtout dans les conditions climatiques difficiles. En 2011, l’opération a continué sur 36 autres femelles de race Azawak et dont les résultats ont été concluants. Les 16 produits de F1 trouvés se sont adaptés au climat et à l’environnement sans apport additionnel, et ils ont survécu. Cela veut dire que n’importe quel pasteur peut élever la F1 sans aucun problème, puisqu’il n’est pas exigeant et ne présente pas de risque de faiblesse. C’est comme la race Azawak. C’est pourquoi nous avons prévu d’aller vers les privés pour sa vulgarisation. On va leur faire l’insémination gratuitement, puis les suivre pendant 5 ans afin qu’ils puissent s’y adonner. Il suffit maintenant que la presse fasse le relai de communication.
Enfin, il faut comprendre que notre pays a une expérience en matière de ferme depuis 1973. Nous avons sept centres nationaux répartis sur toute l’étendue du territoire national, et qui font des expérimentations. C’est que le processus a été arrêté à cause de la privatisation. Actuellement, en ce qui concerne la race Azawak, les pays de la sous région viennent s’en procurer chez nous pour faire leurs propres expériences. On a fait 40 ans avant d’arriver à trouver cette race Azawak. C’est un travail qui a été fait en amont. Il s’agit donc pour nous de promouvoir la production laitière afin de relever le niveau de consommation qui tourne actuellement autour de 36 litres par habitant et par an, alors que les Nations Unies recommandent 91 litres par habitant et par an.

Retroouvez l’interview du miniistre sur http://www.lesahel.org/


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